mercredi 19 avril 2017

Voyage avec Stevenson dans les Cévennes 1



Evidemment c'est une grande joie de partir raconter l'histoire tragique du docteur Jekyll et de son double dans les Cévennes. Nos amis à Vialas qui nous invitent à jouer dans leur patelin (ce sera devant la belle cheminée d'une vieille demeure, atmosphère atmosphère...) nous accueillent pour deux jours dans leur paradis à flanc de colline avec vue sur des arbres des arbres et des arbres. Tout ce qu'il me faut. Nous avons découvert le coin il y a deux ans et de toutes les régions de France parcourues en un demi siècle, celle-ci correspond à mon tempérament.
Je n'aime pas rouler, faire de la bagnole me bousille ce qui me sert de dos et nous ferons deux jours de trajets à l'aller comme au retour. Deux mille kilomètres pour une représentation. Une folie sans doute fatigante mais jouer Stevenson dans les Cévennes, ça ne se refuse pas! Fin d'après-midi, nous arrivons à hauteur de Bourges. Jamais vu cette ville, on y entre, déjà accueilli au péage par des nuées de gendarmes  qui fouillent et contrôlent à qui mieux mieux. Mais pas nous, ma bonne tête de docteur londonien inspirant sans doute confiance. Arrivés dans le centre, des flics partout et on comprend mais trop tard qu'on tombe en plein Printemps de Bourges et que de chambre d'hôtel il n'y en a point pour nous. Accrochés au Wifi d'un bar, on se met en quête d'une chambre en (plus petite) ville et la prochaine sera Montluçon... On trouve à 39 euros en face de la gare à l'hôtel Le Faisan. Un monsieur charmant au téléphone mais tout de même, à ce prix-là, en face de la gare, je ne donne pas cher de la qualité du matelas.



Passer la soirée à Montluçon, ville étape, ce sera s'installer à l'hôtel: chambre simple et propre, mieux que dans un Kyriad ou autre. L'escalier qui mène au deuxième est joyeusement tordu et recouvert de moquette rouge. Le restaurant de l'établissement est fermé, des problèmes de santé nous dit le patron qui semble bien seul en son royaume. Nous traverserons la rue pour manger dans un autre hôtel, trois étoiles s'il vous plaît, au décor improbable jaune et beige, tout droit sorti du début des années 80, avec un serveur pour s'occuper de tous, une table investie par ce qui ressemble à une réunion de représentants de commerces ou cadres d'entreprise en goguette. Tout est correctement désuet dans cet ensemble et au final très dépaysant. Nous mangerons correctement, sans plus malgré les noms ronflants donnés à chaque plat du menu. On connaît ça. Revenus au Faisan, il restera à s'effondrer jusqu'à six heures du matin, heure à laquelle le décor de carton pâte a laissé entendre les premiers commis voyageurs sur le départ peu soucieux de discrétion, merci les gars.
L'heure est au café. A plus...




samedi 15 avril 2017

L'attente / 20.





en se retournant elle s'est vue l'attente elle était derrière elle silencieuse elle a baissé les yeux intriguée découvert que sous elle elle s'y trouvait aussi l'attente elle souriait toujours pas bavarde en redressant la tête toute troublée qu'à elle seule elle puisse être plusieurs elle a levé les yeux au ciel constaté qu'elle siégeait là encore l'attente juste un peu au-dessus d'elle dérangée mais pas résignée elle a fermé les yeux là dans le noir de ses pensées elle a entendu qu'elle était en elle tout autant l'attente mutique comme de bien entendu tremblante pour le coup elle a ouvert la main saisi l'attente derrière elle l'attente sous elle l'attente au-dessus d'elle fourré le tout dans sa bouche donné à manger à l'attente en elle enfin un cri s'est échappé de ces attentes broyées jusqu'à résonner dans le désert du monde

jeudi 6 avril 2017

L'attente / 19




- Ah vous voilà! Où traîniez-vous encore?
- Je courais, désolée...
- Reprenez votre souffle, vous êtes en nage.
- Je ne reprends jamais mon souffle...
- Asseyez-vous alors.
- Je ne m'assieds jamais...
- Jamais?
- Je suis assise en chacun...
- Où sont vos yeux?
- Je suis dans le regard de chacun...
- Mais vous parlez sans voix!?
- Je suis cachée dans la gorge de chacun...
- C'est quoi cette odeur forte? Bon dieu mais lavez-vous!!
- Je suis la sueur de l'angoisse de chacun...
- Tournez-vous que je vous voie de face...
- Si je me retourne, vous vous verrez en moi...
- Et puis cessez de bouger...
- Je ne bouge pas, je m'assied en vous...
- Taisez-vous...
- Je vous tais...
- Voilà c'est mieux.
- C'est mieux oui.



mercredi 5 avril 2017

L'attente / 18.




elle s'était épuisée à force l'attente
à force qu'on ne lui fasse plus une petite place
une place qui ne demandait rien dans le fond
rien qu'un peu d'attention de temps à autre
le temps qu'elle puisse offrir ce qu'elle avait de plus beau
de plus beau et de plus chaud
comme du repos en somme
du repos


https://youtu.be/rrXuuPgJO8U





jeudi 23 mars 2017

L'attente / 17.



elle ne révèle que l'ennui
l'attente
elle ne cache que la peur
l'attente
elle ne parle que le silence
l'attente
elle ne désire que la mort
l'attente
elle ne contemple que le vide
l'attente
elle n'entend que le cœur
l'attente
elle ne supporte que la panique
l'attente
elle ne règle que ses petites affaires
l'attente
elle ne se lève qu'à son nom
l'attente
elle ne retient que ses besoins
l'attente
elle ne vise que son plaisir
l'attente
elle ne propose que le songe
l'attente
elle ne touche que l'impalpable
l'attente
elle ne coule que dans les yeux
l'attente
elle ne survit que par dépit
l'attente
elle ne fouille que les tombes
l'attente
elle ne frappe que l'âme
l'attente
elle ne remplit que l'intervalle
l'attente
elle n'avoue que sa lâcheté
l'attente
elle n'embrasse que la tristesse
l'attente
elle ne ronge que les restes
l'attente

mardi 14 mars 2017

Jamais parfois






il n'y a pas d'habitude de ça
pas d'habitude qui vaille
pas une once d'habitude qui sauve le jour figé
pas une seconde qui repose le ventre

il n'y a pas d'habitude de ça jamais
pas d'habitude qui console jamais
pas un instant de calme qui apaise des voix envolées
pas un fragment de capitulation devant l'arrachement jamais

il n'y a pas d'habitude de ça jamais dans le corps
pas d'habitude qui élargirait les poumons
pas un organe qui se relâcherait quelque part dans le corps
pas un muscle tendon ligament qui se détendraient dans le corps jamais

il n'y a pas d'habitude

il y a être hagard
il y a être hébété
il y a être stupide
il y a être désolé
il y a être un corps
il y a être et n'être plus jamais parfois

et puis

ça passe
part quelque part
avant de revenir

samedi 18 février 2017

Sans doute rien d'autre à dire pour le moment.


imagesUMX2DJ98.jpg

Gavage des réseaux, temps perdu à faire défiler fil d'actualité, impression de (re)voir sempiternellement le même contenu. Incompréhension devant niaiseries prétentieuses des commentaires. J'ai encore demandé à Mr Facebook de ne plus suivre tel ou tel. Quel intérêt alors de rester en ces lieux d'amitiés bleues? Aucune réponse ce matin, mais souvenir d'impressions semblables il y a deux ans suite à l'attentat à Charlie Hebdo.
Je republie ce texte paru le 28 janvier 2015 sur l'ancien blog.
Je n'ai sans doute rien d'autre à dire pour le moment.


Une critique sort dans un canard.
Le papier est republié sur le net.
Des commentaires sur la critique fusent.
Des avis sur les commentaires sur la critique sont émis.
Des critiques sur les avis émis sur les commentaires qui ont fusé au sujet du papier republié au départ du canard se font jour.
Des commentaires avisés et très critiques défilent sur l'écran bleu de nos heures sombres.
Chacun, plus journaleux et informé que les mieux informés des journaleux, y va de sa critique outrée sur les propos malavisés et mal-commentés par d'autres mal-informés et mal-troudecultés.
Chacun, de sa haute opinion, toujours plus libre et fine que celle du voisin, publie et republie sur sa page opiniâtre la critique de la critique de la critique et en perd la raison.
Le déroulé des commentaires et des avis sur les commentaires s'accélère et, tel un 14 ou 21 juillet, défilent sous nos yeux les bataillons de penseurs, les régiments d'analystes, les blindés de la droiture et les mirages de la gauchitude.
Le canard a été mis à toutes les sauces, tranché, ligoté, publié, tailladé, saigné, dépublié, vidé, bourré, republié, engraissé et nous voilà gavés.
Cabu, dessine-nous un canard.