mardi 23 mai 2017

L'attente / 23




Cette attente-là sent mauvais. Elle est chargée de noire intention. Elle en infiltre chaque seconde passée à fixer les portes alignées qui elles aussi attendent une venue, une sortie, un mouvement. Ouverture. Fermeture. Scénario balisé, inscrit dans le linoléum.
L'espace d'attente est identique en ophtalmologie, radiologie, stomatologie. Seuls changent le numéro et le nom attribués à ces quelques mètres carrés.

Parce qu'il ne peut en être autrement dans la tête dès le matin et sans doute dès les rêves de la nuit, le scénario du pire est écarté. Parce qu'il n'est simplement pas envisageable que pareille chose arrive.

Tu le penses pour toi et pour l'autre. Tu penses qu'il n'y a aucune raison pour qu'on annonce à l'autre mais aussi à toi que le scénario n'est pas le bon.

Donc, à deux, dans quelques mètres carrés, on attend. On fixe les sièges soudés par trois, les petits tableaux floraux, le numéro 21, les portes des cabines, le couloir interminable, le néon, une revue de décoration, un prospectus abandonné, son téléphone, on fait défiler l'actualité Facebook, les sièges toujours soudés par trois, le couloir abandonné, une petite revue de décoration, son téléphone éteint, le numéro inchangé, le néon et le néon voisin, on se fout de l'actualité et de Facebook. Parce qu'on se dit qu'il n'est simplement pas envisageable.

Enfin, on est appelé. Trente minutes plus tard on reprend le couloir, on est écrasé par le néon, on cherche son téléphone, on a envie de vomir dans la revue de décoration. On est dans le scénario qu'on pensait pas envisageable.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire